Le court métrage Oktapodi

Un court métrage d’animation à regarder en famille pendant la Journée Mondiale pour la Fin de la Pêche

La Journée Mondiale pour la Fin de la Pêche (24 mars 2018) demande l’abolition de la pêche et des élevages aquacoles. Elle concerne les poissons, les crustacés et les céphalopodes, qui représentent la quasi-totalité des animaux tués par les humains, avec plusieurs milliers de milliards de victimes chaque année. Initiée en 2017 par l’association suisse PEA – Pour l’Égalité Animale, la JMFP est relayée dans le monde entier par de très nombreuses associations, qui se donnent à cette occasion pour objectif de visibiliser les animaux aquatiques aussi bien au sein du grand public que des associations oeuvrant en faveur des droits des animaux. 1

Réalisé en 2007 par Julien Bocabeille, François-Xavier Chanioux, Olivier Delabarre, Thierry Marchand, Quentin Marmier et Emud Mokhberi, Oktapodi raconte les mésaventures de deux poulpes tentant d’échapper aux mains d’un commis de cuisine grec. Durée : 2mn25.

Animaux dotés d’une intelligence redoutable, les poulpes (ou pieuvres) sont notamment réputés pour être de véritables reines et rois de l’évasion. On se souvient d’Inky, la mascotte de l’aquarium national de Nouvelle-Zélande, qui était parvenue en 2016 à rejoindre l’océan en traversant une pièce avant de se glisser dans un tuyau d’évacuation de 15 centimètres de diamètre et 50 mètres de long. Ou de cette vidéo postée en 2014 dans laquelle une pieuvre enfermée dans un bocal arrivait à en dévisser le couvercle de l’intérieur.

Plusieurs années auparavant, un collectif de six étudiants de la célèbre école de l’image Gobelins s’était déjà intéressé de près à ces animaux fascinants et avait choisi d’en faire les personnages principaux de leur film de fin d’études.

Oktapodi nous plonge dans un décor de carte postale : les ruelles désertes (?!) et ensoleillées de l’île grecque de Santorin, petit coin de paradis unanimement considéré comme une des destinations les plus romantiques qui soient.

S’amusant de ce cliché, le film s’ouvre au son d’un violon sur l’étreinte passionnée d’un couple de poulpes, brutalement interrompus par une main gantée surgie du haut du cadre pour capturer l’un d’eux. Balancé dans une glacière, ce dernier embarque de force dans un fourgon à trois roues dont le logo laisse peu de place à l’imagination quant au sort qui l’attend. Profitant d’un moment d’inattention, son amant à huit tentacules parvient à s’échapper de l’aquarium qui les retenait captifs et se lance à la poursuite du véhicule. Une fois les deux céphalopodes à nouveau réunis, ils multiplient les prouesses afin d’échapper une bonne fois pour toutes à leur assaillant qui finira sa course folle au fond de la mer Egée. Mais lorsque les amoureux s’imaginent enfin hors d’atteinte, les ennuis reprennent à cause d’un goéland, dont les pattes jaunes qui se referment sur la malheureuse pieuvre font écho au gant de pêcheur au début du film.

Mondialement connu suite à sa nomination aux Oscars et admiré pour sa maîtrise du rythme et de l’animation 3D, ce court métrage divertissant destiné au jeune public a le mérite de montrer les pieuvres comme des animaux sentients et intelligents.

Certain·e·s regretteront peut-être l’antropomorphisme à l’oeuvre dans la relation affective qu’entretiennent les deux animaux : on sait que les poulpes sont des créatures solitaires qui supportent très mal le fait de partager un même aquarium. On sait aussi que leurs histoires d’amour finissent mal en général : la femelle a tendance à étrangler le mâle au cours de l’accouplement pour ensuite le dévorer, avant de mourir elle-même au moment de l’éclosion des œufs. Toutefois, des découvertes récentes comme ces cités sous-marines construites et habitées par des communautés de poulpes, ou encore le comportement des grandes pieuvres rayées du Pacifique, particulièrement sociales, tendent à relativiser cette accusation d’antropomorphisme.

Revenons par ailleurs sur les premières secondes du film. Nos deux pieuvres s’enlacent dans ce qui semble être leur milieu naturel, l’océan, car les parois de l’aquarium où elles croupissent ne nous ont pas encore été dévoilées. Du coup, lorsque le bras du pêcheur revêtu d’un long gant jaune vient brusquement attraper l’une d’elles, on peut penser aux griffes d’un oiseau marin, d’autant plus que le reste du corps de l’homme reste relégué dans le hors-champ, rendant difficile l’identification de ce qu’on vient de voir. Le mystère perdure quelques instants jusqu’à ce que le poulpe resté dans l’aquarium se rapproche de la caméra et étende ses tentacules pour venir se fixer à la vitre qui le sépare d’elle. Le plan suivant, plus large, nous montre à nouveau le gant jaune mais également le reste du bras du pêcheur.

Ces choix de cadrage et de montage, qui n’ont rien d’innocent, renforcent l’analogie qu’on nous invite à faire entre cette scène et la fin du film, où le goéland surgit dans notre champ de vision pour se saisir à son tour de l’autre poulpe. Ce qui pourrait n’être qu’une façon originale et humoristique de boucler la boucle, instaure aussi d’une certaine façon un rapport d’égalité entre les deux événements. On a affaire dans les deux cas à un prédateur qui se saisit de sa proie dans l’optique d’en faire son repas. On pense alors à un argument spéciste régulièrement entendu : « le lion mange bien la gazelle, pourquoi pas moi ? ». Une façon de donner malgré tout bonne conscience au spectateur la prochaine fois qu’il se trouvera devant une assiette d’oktapodi (salade de poulpe grecque) ?

Pour conclure, ce joli court-métrage d’animation français qui a fait le tour du monde, s’il n’est pas entièrement convaincant dans une perspective animaliste (ce qui est somme toute logique, nous n’avons pas affaire à un film fait par des militant·e·s), suggère néanmoins sous couvert d’humour toute la cruauté qui réside dans le fait de capturer et de tuer pour leur chair des animaux qui ne demandent qu’à vivre leur vie.

  1. Source : End of fishing

Article écrit pas Loïc Monnier pour le compte des Rendez-vous de la Question Animale.

Articles sur le même thème